“MY ATLAS” – texte (fr)
“MY ATLAS” est un nouveau corpus de travail que je veux faire afin de l’exposer la première fois, ce novembre, au Musée d’Art Contemporain Helga de Alvear à Cáceres, en Espagne. Je veux créer mon propre Atlas à moi, inspiré par Aby Warburg et aussi en hommage à lui qui possédait à la fois les connaissances, le génie et aussi l’audace d’entreprendre ce projet bouleversant d’établir son magnifique “Atlas Mnemosyne”. Par son œuvre il a libéré la discipline académique Histoire de l’Art de ses entraves catégorielles et chronologiques. C’est en cela que son “Atlas Mnemosyne” est inspiration pour mon “MY ATLAS”.
“MY ATLAS” sera une affirmation horizontale, parfois accompagnée d’une vitrine (avec des travaux originaux) ou des travaux posés à même le sol. Je veux ainsi essayer de définir ce qu’est la logique de mon travail en créant des panneaux d’une hauteur de 2,40 m et d’une largeur de 1,60 m, de 5 cm d’épaisseur, construits en carton recouvert de plastique noir. Pour commencer, il y aura environ 25 panneaux car, ce qui est constituant c’est que “MY ATLAS”, comme dans le travail d’Aby Warburg, reste infini, en développement constant, à compléter – à la fois par moi-même mais aussi par ceux/celles qui le regardent. Les panneaux auront une forme prédéfinie résolument visuelle, “MY ATLAS” doit être un manifeste à ‘ce qui est à voir’, ce qui est donné à voir, et aussi à notre compétence de voir avec nos propres yeux. Les panneaux seront sans textes, sans explications, sans légendes, sans indications chronologiques, car je veux laisser la place pour créer des connections, des dynamiques, des amplifications, des tensions, des mouvements pendulaires, des juxtapositions, des polarités, des concentrations, des rayonnements, des inversions énergétiques.
La philosophie du travail “MY ATLAS” – lisible dans son titre “MY” et “ATLAS” – consiste à la confrontation entre ‘le Moi’ (MY) et ‘le Monde’ (ATLAS). En tant qu’artiste je considère que ma mission est de labourer le ‘champ de force’ entre ‘le Moi’ et ‘le Monde’ et d’en faire mon ‘champ de forme’. Simone Weil est consciente que ‘le Monde’ et ‘le Moi’ ne peuvent pas s’unir, qu’il y a toujours une fente, un trou, un gouffre ou même un abysse entre ‘le Moi’ et le Monde’. C’est pourquoi souhaiter que ‘le Monde’ à côté du ‘Moi’ n’existe pas, voudrait dire qu’on soit ‘le Moi’ tout seul. Rien n’est plus narcissique et plus banal que de croire que ‘le Monde’ tourne autour de soi, ‘le Moi’.
Mais en tant qu’artiste je dois et je peux avec mon ‘Moi’ confronter ‘le Monde’ et pour le faire j’ai un outil, cet outil s’appelle l’art. L’art est – un outil, mon outil. Cet outil me permet de vivre ‘le Moi’ pleinement dans ‘le Monde’, et je veux utiliser mon outil avec toute la compétence qui est la mienne: Donner Forme!
J’ai donc la possibilité, le droit et même le devoir – dans le monde qui m’entoure/qui nous entoure – de travailler, d’inventer et de partager – par la forme. En donnent forme – et “MY ATLAS” veux être ‘Forme’ – je montre que je suis en accord avec le monde dans lequel je vis, mais être d’accord ne veux pas dire l’approuver ou tout approuver. Être en accord veut dire saisir et intervenir dans le monde avec ses incommensurables contradictions et ses immenses exagérations – tout en donnant forme. C’est ainsi que je comprends la mission, le rôle et la position de l’artiste, et je veux qu’à travers le travail “MY ATLAS” ceci devienne clair, précis, et surtout visible.
Thomas Hirschhorn, janvier, 2025
